PARTICIPATION DES JEUNES
En Côte d’Ivoire, de jeunes reporters à l’écoute de leur communauté
20 juillet 2016
PAR EVA GILLIAM
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L'HISTOIRE CONTINUE

Un programme de formation au journalisme radiophonique donne à des jeunes une chance de s’exprimer et de discuter des problèmes de leur vie quotidienne. « Je sais que je ne suis pas comme les autres jeunes, dit-il. Je ne m’occupe pas de ce qui est à la mode ou de choses comme ça. Je suis assez simple – je me débrouille avec ce que j’ai. » Mais sous la surface calme qu’affiche Wilfried, bouillonne une abondance d’idées et d’activités. Aujourd’hui Wilfred rencontre son ami Mondésir pour étudier l’orthographe. « J’ai un concours d’orthographe dans quelques semaines, explique-t-il. C’est une des choses que je fais avec les scouts, mais ça m’aide dans tous les autres aspects de ma vie. J’apprends de nouveaux mots, plus de grammaire, et ça m’aide à l’école, et pour mon travail de présentateur à la radio – pour que je puisse mieux m’exprimer. » La radio dont parle Willy est Radio Amitié, la station de radio communautaire la plus écoutée et la plus populaire à Yopougon, à Abidjan, peut-être même de toute la Côte d’Ivoire. L’an passé, Willy et neuf autres adolescents ont appris à produire leurs propres émissions de 10 à 30 minutes et à les radiodiffuser deux fois par mois vers des dizaines de milliers de leurs voisins. Willy est un des 60 Enfants Reporters du pays, un projet organisé par UNICEF Côte d’Ivoire en partenariat avec la Fondation Radio Enfant (Children’s Radio Foundation – CRF) et l’Association des Scouts de Côte d’Ivoire, dont Willy est un membre actif. Willy et ses collègues Enfants Reporters appellent leur émission de radio « L’éveil des enfants ». Ils la diffusent chaque samedi matin des studios de Radio Amitié situés dans le centre du quartier très peuplé de Kennedy, à Yopougon. « Nous parlons des choses qui nous touchent le plus en tant que jeunes, explique Willy. De choses dont les adultes refusent souvent de parler – de choses comme la violence sexuelle, où de la fréquentation de l’école par les filles, qui sont encore de gros problèmes dans notre voisinage. » Willy et ses jeunes collègues reporters se réunissent deux fois par semaine à Radio Amitié avec Stéphanie Aké, une journaliste de radio et présentatrice qui parraine et encadre les Enfants Reporters. « Quand les jeunes parlent d’un sujet que les adultes trouvent trop gênant pour en parler eux-mêmes – les gens écoutent, explique Mme Aké. Ils ont récemment fait une émission sur la sexualité, et sur le besoin pour les parents et les enfants de parler ouvertement de sexe à la maison. Et c’était formidable ! Ils ont interrogé des parents, ils ont organisé un débat en direct, ils ont sollicité des commentaires, et les adultes ont participé. Et ce qui est encore mieux, c’est que les idées viennent des enfants eux-mêmes. » Une méthode très directe « Quand je suis revenue de ma première formation avec les jeunes, mes collègues ici à la radio ne croyaient pas qu’ils arriveraient à réaliser une émission par eux-mêmes, raconte Madame Aké. Mais étant donné la méthode spécifique adoptée par ce projet, ils peuvent le faire complètement eux-mêmes ; mes collègues adultes étaient stupéfaits. » « Nous faisons des entretiens, des débats, des commentaires, des portraits, des cartes postales radiophoniques, des radio-trottoirs, » explique Carelle, 14 ans, une collègue de Willi qui travaille pour l’émission « L’éveil des enfants ». « Nous pouvons faire tous les formats d’émissions, mais moi, je suis une spécialiste des débats. » La liste de formats à laquelle Carelle se réfère est similaire à celle des émissions normalement entendues partout dans le monde. Ces formules ont cependant été modifiées pour les rendre plus abordables pour des enfants et plus faciles à produire en supprimant la nécessité de faire un montage. « Quand nous formons les enfants à la production radiophonique, nous nous concentrons sur la préparation – préparer le thème, les questions et l’interlocuteur, » explique Clémence Petit-Perrot, Directrice des programmes. Formatrice expérimentée de jeunes radio reporters, elle travaille pour la Children’s Radio Foundation, basée au Cap en Afrique du Sud. « Comme cela, quand ils enregistrent dans le format qu’ils veulent utiliser dans l’émission, c’est prêt. Cela rend l’émission plus facile à diffuser pour la station de radio. Cela représente beaucoup moins de travail pour les techniciens, et les jeunes ont appris qu’une préparation est la bonne manière de procéder. » Carelle dit qu’elle veut devenir journaliste de radio depuis l’âge de 9 ans. « J’avais vu une personne parler dans un micro, complètement sûre d’elle-même, et j’ai compris que c’était ce que je voulais faire, dit-elle. Avant, j’étais très timide, je restais simplement dans mon coin. Mais maintenant je vais dans la rue, je parle aux gens, je peux m’exprimer et je n’ai pas peur de poser des questions. » Willy et Carelle ont fait équipe pour enregistrer dans la rue un radio-trottoir, un recueil de brèves déclarations au micro de personnes abordées dans la rue et à qui on demande de répondre à une question spécifique. « Ensemble, en groupe, nous suggérons différents thèmes sur lesquels nous pourrions aimer faire une émission, explique-t-il. Puis nous votons pour en choisir un et mettre au point une manière de le traiter. Ensuite nous nous répartissons les rôles – qui va faire quoi. Ensuite nous rédigeons les questions ensemble de manière à être sur la même longueur d’onde quand nous allons dans la rue. Quand nous revenons, il faut que j’écrive le script pour présenter l’émission. » « Cette semaine, nous avons décidé de faire une émission sur la cybercriminalité, parce que ça devient très sérieux ici en Côte d’Ivoire, dit Carrelle. Et nous pensons que c’est important que les gens en soient informés, et aussi que les jeunes choisissent une autre voie. » Problèmes locaux, solutions locales « Notre but n’est pas de créer toute une génération de journalistes, quoique je sois sûr que plusieurs d’entre eux vont choisir cette voie après leur expérience avec Enfants Reporters, explique Ange Aye-Ake, Spécialiste des Communications avec l’UNICEF Côte d’Ivoire. « Nous cherchons plutôt à aider à former une nouvelle génération de jeunes qui n’ont pas peur de poser des questions, qui ont l’esprit critique et qui prennent part aux débats et aux conversations qui ont lieu autour d’eux et qui les concernent, eux et leurs droits en tant qu’enfants. » Chaque jour après l’école, et après avoir fait sa part du travail ménager, Willy sort et fait un saut pour aller voir Joséphine. « Je ne l’ai pas vue en uniforme scolaire depuis l’année dernière, dit Willy. Elle m’a dit qu’elle avait abandonné l’école, mais elle n’aime pas que je lui en parle » L’année dernière « L’éveil des Enfants » a fait une émission pour essayer d’expliquer pourquoi les filles ont habituellement une scolarité plus courte que les garçons car cela est un gros problème en Côte d’Ivoire. « Être un Enfant Reporter m’a beaucoup apporté. Cela me donne la chance de pouvoir m’exprimer, particulièrement sur des problèmes qui sont particuliers à ma communauté. La violence sexuelle et les filles qui ne vont pas à l’école sont des problèmes ici – et peut-être qu’ensemble, en parlant de ces choses, nous pouvons commencer à trouver des solutions. »

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